Rencontre : ces héros de l'ombre

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Caroline Agus

Illustration : François-Xavier Malengré

À l’heure où le covid-19 continue de sévir partout en Belgique, confinant un bon nombre de personnes, certains métiers se révèlent indispensables. Pourtant, la lumière ne brille pas toujours sur les travailleurs essentiels qui œuvrent au bien-être des citoyens.

« Le plus dur, c’est la distanciation sociale », confie Laurence, employée dans une maison de retraite. « Évidemment, on comprend et on la respecte, mais on n’a pas ou peu de contacts avec nos collègues. On est une équipe qui s’entend très bien et cette situation exceptionnelle nous distancie dans des moments où on doit tous être soudés ».

Depuis quelques semaines déjà, le quotidien de cette femme n’a pas beaucoup changé, à quelques exceptions près. « Masques, gants, gel hydroalcoolique mais aussi manchettes et tabliers » sont maintenant devenus des accessoires indispensables.

« Le plus important, c’est de s’assurer que nos collègues infirmières et aides-soignantes ne manquent de rien, ça fait partie de notre boulot », explique l’assistante en logistique médicale. Même si son travail n’est pas toujours facile, elle n’a pas hésité une seconde à faire des heures supplémentaires. « On doit en permanence veiller à se protéger mais aussi à protéger les résidents qui sont les plus fragiles. Ma plus grande peur, c’est de les contaminer eux. »

« Parfois, je rentre chez moi avec l’inquiétude d’être atteinte du virus et de contaminer mes proches. Parfois, je n’y pense pas. Mais la peur est toujours présente et je préfère m’isoler », admet-elle. « Dans l’incertitude, il vaut mieux redoubler de prudence ».

Et dans certaines situations, redoubler de prudence s’avère plus compliqué. Mathieu regrette les « faibles mesures de sécurité » prises par la chaîne de grande distribution dans laquelle il travaille. « Au départ, ils ont pris le problème à la légère. On était interdit de masques et de gants parce que ça donnait une mauvaise image de l’entreprise aux clients », tempête le caissier-réassortisseur, en colère. « Et puis une fois que les clients se sont plains qu’on ne pouvait pas se protéger, ils ont commencé à accepter les masques. Par après, ils ont installé des plexiglas aux caisses. [Ils ne sont] pas très sécurisants, mais c’est déjà mieux que rien. »

Entre gérer les stocks, ranger les rayons, être à la caisse, l’homme ne voit pas de changement durant cette période de confinement. « Je me lève toujours aux mêmes heures, je fais toujours les mêmes horaires, les clients sont toujours irrespectueux envers nous, donc c’est comme une journée normale. »

Mais il ne perd pas patience et veille à faire correctement son job, même si c’est difficile. « Dans l’entreprise où je travaille, on a une grande complicité avec les clients » par conséquent, il s’assure que la clientèle ne manque de rien.

Rendre service à la clientèle, c’est également ce à quoi s’affaire Benoit depuis son appartement. L’entreprise pour laquelle il travaille a mis les moyens nécessaires afin de fournir à chaque employé le matériel adéquat. Via un programme spécialisé, il répond aux appels des clients qui rencontrent des problèmes « techniques et de facturations » en lien avec leurs abonnements TV, téléphone et Internet. Seuls les rendez-vous « de réparations et d’installations » ne sont pas maintenus.

Mais pour l’agent call-center « l’aspect le plus difficile, c’est d’être coupé des autres. Au niveau du travail, qu’on soit à la maison ou au travail, c’est pareil. » Toutefois, la rentabilité s’est vue allégée ce qui lui permet de fournir un service adapté.

Depuis les mesures prises par le gouvernement, il n’est sorti que pour aller faire des courses et il trouve « déplorable que certains ne respectent pas du tout les règles de confinement. » « À cause des comportement déviants, ça pourrait devenir problématique à l’avenir », craint-il.

Reconnaissant, il affirme être « désolé pour tous les autres qui essaient de fournir un travail quotidien » afin de satisfaire les besoins des citoyens, quel que soit leur branche de métier.

Sans Laurence, nos parents ou nos grands-parents ne pourraient être correctement soignés. Avec des rayons complètement vides, nous n’aurions peut-être pas à manger tous les soirs sans les efforts fournis de Mathieu. Pas de télévision, pas de téléphone et surtout pas d’Internet : notre confinement aurait pu se dérouler ainsi si Benoit ne s’assurait pas de la qualité de ces services. Finalement, c’est à travers ces trois profils qu’on se rend compte que chaque métier mérite toute sa reconnaissance.

*Tous les prénoms cités dans cet article sont des noms d’emprunts afin de garantir l’anonymat de ses travailleurs.

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