À Liège, le Centre de Recherche et de Rencontre (CRR), implanté au cœur du quartier d’Outremeuse, traverse une crise sans précédent. Créée en 1979, cette ASBL dédiée à l’accueil, à l’écoute et au renforcement du lien social risque aujourd’hui de devoir fermer ses portes si les subsides attendus de la Fédération Wallonie-Bruxelles tardent encore à arriver.
Depuis plus de quarante ans, le CRR s’est imposé comme un lieu de rencontre incontournable pour les habitants d’Outremeuse : retraités, demandeurs d’emploi, personnes sans papiers s’y retrouvent autour d’activités variées. Ateliers d’écriture, improvisation théâtrale, ciné-débats, ateliers citoyens, créations artistiques à partir de matériaux récupérés : autant d’initiatives qui participent à la vitalité du quartier. Mais aujourd’hui, cette dynamique est menacée. L’ambition de l’association est de contribuer à une société plus juste et plus égalitaire grâce à l’inclusion sociale.
« Travailler sans avoir de salaire, ce n’est pas quelque chose qu’on choisit », confie Sébastien Amand, 35 ans, coordinateur et éducateur au centre depuis une quinzaine d’années. Depuis deux mois, il continue à faire tourner le CRR sans percevoir de rémunération. « Si j’avais une femme et des enfants, ça n’aurait pas été possible de tenir sans revenus ». Une situation devenue intenable également au travail : le téléphone a déjà été coupé à deux reprises faute de paiement, et les factures s’accumulent.
Combler les dettes
Le CRR repose essentiellement sur les subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Or, à la mi-avril, aucune tranche de financement n’a encore été versée pour l’année en cours. Ces subsides sont pourtant essentiels : ils permettent de couvrir les salaires, mais aussi les frais de fonctionnement du bâtiment, comme le chauffage ou l’électricité. « Quand les subsides arriveront, il faudra d’abord combler les dettes. Au final, je serai moins payé », déplore Sébastien.
Paradoxalement, l’association a bien été reconduite pour un nouveau cycle de cinq ans. Le dossier, introduit dans le cadre d’un plan quinquennal allant jusqu’en 2030, a été validé en mars 2025. Mais ce n’est que huit mois plus tard, ce mardi 14 avril, que Sébastien a reçu la confirmation officielle, après signature de la ministre de la Culture, Elisabeth Degryse. Une lenteur administrative aux conséquences très concrètes sur le terrain. Contacté, le cabinet d’Elisabeth Degryse n’a pas répondu à nos sollicitations.
Un soutien de la Ville de... 500 euros
Pendant ce temps, les coûts augmentent. Les aides au fonctionnement, notamment pour l’énergie, ont été plafonnées l’an dernier, alors que les prix ne cessent de grimper. Seuls les subsides liés à l’emploi continuent d’être indexés. Malgré tout, le centre continue de proposer ses activités, articulées autour de deux grands axes : l’interculturel et le dialogue interconvictionnel, d’une part, et le travail en réseau au niveau du quartier, d’autre part. Le CRR est d’ailleurs à l’origine de la table ronde d’Outremeuse, qui rassemble différentes associations locales.
La Ville de Liège apporte bien un soutien annuel de 500 euros, largement insuffisant pour assurer la survie de la structure. « Je tiendrai jusqu’à ce qu’on me coupe l’électricité, le chauffage et l’eau », affirme Sébastien, lucide mais déterminé.
Cet appel lancé se veut un ultime recours pour survivre. Sans réaction rapide de la part des autorités, le Centre de Recherche et de Rencontre pourrait bientôt disparaître, emportant avec lui une part de la richesse sociale du quartier d’Outremeuse.
Alan Gryson et Arthur Piret
