Lucie Gounaropoulos ou l’art de transcender la colère féminine


Anastasia Zjukovitsj

L’artiste de 21 ans devant quelques œuvres exposées au cinéma Le Churchill, à Liège. | ©️ Anastasia Zjukovitsj

À travers, principalement, le médium de la photographie, Lucie Gounaropoulos déconstruit et se réapproprie les clichés et stéréotypes féminins. Sa première exposition «C’est beau, ma colère éclatée contre les murs» est à découvrir à la galerie Satellite jusqu’au 21 juin.

Tout part d’un besoin: extérioriser la colère qui s’accumule face aux micro-agressions qu’elle subit au quotidien en tant que personne sexisée. En échangeant avec ses proches et d’autres personnes, l’étudiante belge en master de Communication visuelle et graphique à Saint-Luc (Liège), réalise rapidement que ce ressentiment et le besoin de l’exprimer, est largement partagé. Elle se fixe alors un objectif: exprimer cette colère d’une manière belle et collective.

Catcall, manspreading et safe space

«J’ai voulu transformer cette colère en quelque chose de positif», explique la jeune artiste. Assumer son corps, poser avec confiance pour effacer les nombreuses fois où l’on a baissé les yeux face à un catcall (harcèlement de rue, NDLR) : c’est l’exercice que Lucie Gounaropoulos a proposé à une dizaine d’amies et membres de sa famille. Bien que cette colère soit principalement dirigée vers les hommes, ce sont les femmes et les personnes non-binaires qui sont devenues le cœur de l’exposition. Fard à paupières de poupée, tailleur oversize, jambes écartées en manspreading (étalement masculin assis jambes écartées, NDLR) : chacune s’approprie la féminité à sa manière, pour la dénoncer, s’en moquer, ou simplement la revendiquer.

En créant un safe space (espace de confiance, NDLR) et en prenant le temps de connaître les envies de chacun·e, Lucie Gounaropoulos capte une authenticité et une confiance rares. Des traits qu’elle aimerait voir chacun·e exercer librement, au quotidien. Le résultat est saisissant: face aux photographies, on a l’impression de se retrouver devant un mur de rébellion douce. Bigoudis, vernis et dentelle habillent les clichés. Murs roses, rideaux fleuris et tableau de la Vierge Marie complètent, avec une touche de kitsch assumée, le décor: un rappel du pouvoir des femmes, et de la beauté d’en être fière, sans excuses.

Un ressenti largement partagé

 «Je ne cherche pas à accuser», affirme-t-elle. Pour Lucie Gounaropoulos, il s’agit avant tout de mettre en lumière les femmes et personnes non-binaires (NDLR: identités de genre qui ne sont ni exclusivement masculines ni exclusivement féminines), avec bienveillance et dans un esprit d’empouvoirement. Cela ne l’empêche pas de s’autoriser quelques libertés: les doigts d’honneur et les injures ont aussi leur place.

Inspirée du manifeste Moi les hommes, je les déteste (essai de l’autrice féministe française Pauline Harmange publié en 2020), elle trouve une légitimité à exposer sa colère, et se rassure en estimant qu’il faut commencer par agir là où l’on est.

L’exposition ne prétend pas solutionner entièrement les problématiques rencontrées par les personnes sexisées.  Elle fait quelque chose de plus discret, et peut-être plus utile: créer un espace positif pour rappeler, entre proches et inconnu·e·s, que la colère qui en résulte est partagée. Et que la question de comment habiter sa féminité, à sa manière, reste nécessaire à traiter . À la suite de cette première exposition, Lucie Gounaropoulos souhaite développer sa pratique artistique et en vivre, en continuant de s’intéresser à des thématiques tout aussi personnelles que collectives.  

Anastasia Zjukovitsj

L’exposition est à découvrir gratuitement à la galerie Satellite du cinéma Churchill (rue du Mouton Blanc 20, 4000 Liège), de 14h à 23h jusqu’au 21 juin.

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