La poétesse palestinienne Hend Jouda importe Gaza sur scène à Liège


Elise Gaspard

Hend Jouda, poétesse palestinienne, au Théâtre de Liège le 15 avril 2026. | ©️ Elise Gaspard (CC BY-NC-ND)

Mercredi soir, le Théâtre de Liège proposait, dans le cadre du festival de littérature Corps de Textes, une performance poétique singulière: «Gaza ô ma joie». Dans un seul en scène bouleversant, Hend Jouda, poétesse palestinienne, récite ses poèmes en arabe, traduits en français sur un écran en temps réel.

Le temps s’est suspendu durant une heure. La scène, baignée d’une lumière blanche, recentre tous les regards vers elle, vers sa voix, son souffle, ses mots. Aucun décor superflu : seulement une femme, un micro, quelques effets sonores et ses poèmes. 

Elle, c’est Hend Jouda, une poétesse palestinienne née en 1983 dans le camp de réfugiés al-Bureji à Gaza. Si sa poésie est ancrée dans les détails du quotidien, son histoire et son parcours sont omniprésents.

Pourtant, sur scène, elle n’est pas vraiment seule. Derrière chaque vers, une seconde présence habite l’espace : Gaza. Invisible mais palpable, elle est là. Dans les images évoquées. Dans la tendresse d’un souvenir. Dans la douleur des silences. Hend Jouda incarne à la fois l’intime et le collectif, l’ordinaire et la transcendance.

Un corps qui parle

Ce qui frappe, c’est aussi cette capacité à briser la barrière de la langue. Même sans comprendre chaque mot, le public perçoit la force des émotions, la tension. Le corps parle autant que la voix. Son regard, ses respirations, ses pauses : chaque détail dessine une autre manière d’habiter le poème.

Pas un souffle, pas un froissement de vêtement : dans la salle, le silence est total. Une écoute absolue, presque religieuse. Et puis, à la fin, une standing ovation unanime. Non pas par politesse, mais par reconnaissance pour la puissance des mots.

Une heure seulement, mais une heure de voyage, de beauté et de vérité. Une heure où la poésie a retrouvé sa fonction première: raconter l’humain.

Elise Gaspard

 

« Envol

La méthode de l’oiseau est très simple

Déployer les ailes en grand

Battre de l’aile avec

Faire un petit sprint si on est au sol

Mais

D’abord ouvrir la cage »

 

« Gaza ô ma joie », Hend Jouda, éditions Héro-Limite, 2026.

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