Récolte d'informations, tuyaux, rédaction, choix éditoriaux et mise en page : plongée dans les coulisses de l'un des derniers journaux liégeois.
« J’ai dû récemment changer la moitié des pages une heure avant l’impression », se souvient Bruno Beckers, rédacteur en chef adjoint à La Meuse Liège. En effet, le travail journalistique n’a jamais demandé autant de rapidité et d’adaptabilité. Surtout pour les journaux papier qui tentent, avec difficulté, de suivre leurs petits frères numériques. Ici, au quotidien liégeois, l’équipe combine les deux formats de presse, mais la majeure partie de ses revenus vient encore des éditions papier vendues chaque jour dans tous les kiosques de la Cité ardente.
Excitant tuyau
Lorsque nous débarquons dans les bureaux, sur le coup de 14h, l’équipe de rédaction est déjà au travail depuis plusieurs heures. La majorité des journalistes rédigent simultanément des articles pour le site web ainsi que pour l’édition papier du lendemain ou du surlendemain. Alors qu’un des reporters, Marc Gerardy, responsable (entre autres) des sports pour la gazette, nous entretient au sujet de son rôle au sein du journal, une sonnerie retentit. « Oui, allô … Ah, il a enfin pris une décision ! Merci du tuyau. » Marc Gerardy raccroche. Apparemment, le bourgmestre de Liège s’est décidé à propos d’un sujet particulièrement délicat. L’excitation est visible dans les yeux du journaliste malgré sa carrière déjà bien remplie. Il se met d’ailleurs à préparer son papier sur le sujet immédiatement après avoir posé son téléphone.
Fusillades et duplex
De l’autre côté de l’immense table servant de bureau commun, est assis Geoffrey Wolff, couvrant l’actualité dans la commune de Liège. Il nous raconte qu’il a été témoin des fusillades de la place Saint-Lambert : « Je me suis retrouvé enfermé par la police dans le Delhaize de l’îlot Saint-Michel. » Avant de compléter, pas sans une pointe d’humour : « J’ai naturellement fait un duplex depuis le supermarché avec mes collègues à la rédaction. » Entre coups de fil des correspondants, rédactions rigoureuses et collectes d’infos sur le terrain (quelquefois chahutées), voilà comment se déroulent les journées pour la petite équipe de La Meuse Liège.
Le casse-tête du bouclage
Vers 16h30, lorsque la majorité des articles ont déjà été écrits, la rédaction en chef commence la composition de l’édition papier du lendemain. Aujourd’hui, Bruno Beckers est responsable de cette tâche. Il s’agit de trier, sélectionner et mettre en avant un maximum d’articles intéressants pour le public. Évidemment, la place disponible dans un journal n’est pas infinie, alors il faut opérer des choix. Mais comment décider entre tel ou tel fait divers, tout en tenant compte de l’importante place que la publicité occupe dans ce type de journal ? Bruno Beckers répond : « Avec l’expérience, cela devient presque instinctif, mais au début, il s’agit d’un vrai casse-tête. » Il indique donc, en buvant le dernier café de la journée, les articles, photos et leur disposition au « desker » du jour. Le desker est la personne responsable de l’aspect technique de la mise en page – ici, une graphiste indépendante travaillant depuis son domicile. Bien souvent, entre instructions du rédacteur et réalités de la mise en page, les articles doivent subir une sorte de jeu de ping-pong (généralement en modifiant les titres et la taille des photos) entre le desker et la rédaction en chef, pour finalement parvenir à entrer dans les pages de la gazette.
Place au « soiriste »
Une heure plus tard, vers 17h30, les moniteurs s’éteignent, les journalistes se lèvent, les bureaux se vident et un grand calme s’installe. Arrive alors Arnaud Bisschop. C’est son tour d’être « soiriste », terme journalistique qui désigne la personne exerçant la permanence durant la soirée. Bruno Beckers, de son côté, a fini le bouclage et passe le relais à Arnaud Bisschop. Ce dernier doit répondre au téléphone et mettre à jour le site Internet si la nécessité se fait sentir. Mais surtout, il doit se tenir prêt à bousculer la composition du journal papier établie par Bruno en cas d’information importante survenant en soirée.
Ainsi, tous les jours, ce cycle discret de récolte d’infos, d’écriture, et de sélection se cache derrière chaque journal que l’on voit dans toutes les librairies et autres points-presse, le lendemain matin.