Dans l’atelier du quotidien : anatomie d’un journal local


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Romane MEURICE

La nouvelle extension de l’IFAPME de Villers-le-Bouillet, pôle d’apprentissage pour les métiers « verts », permet notamment aux apprentis élagueurs-grimpeurs de s’entraîner dans des conditions réelles. | ©️ Romane Meurice

À la rédaction de SudInfo Huy-Waremme, la journée commence par un défi de taille: de quoi va-t-on parler demain dans le journal papier? Du terrain à l'écriture, on vous explique comme ça se fabrique, un journal. Reportage.

Chaque matin, l’effervescence est palpable. Tout le monde s’échauffe pour la réunion de 10h, moment clé où l’on discute de ce qui paraîtra dans l’édition Huy-Waremme de La Meuse du lendemain. Le rythme quotidien et l’immédiateté du web imposent de trouver de nouveaux sujets en permanence. «Le plus difficile, c’est d’arriver chaque matin avec des sujets intéressants, même en l’absence d’inspiration. Il faut trouver quelque chose à écrire, mais il faut voir cela comme un défi quotidien», explique Aurélie Bouchat, journaliste à la rédaction.

L’audience et la «conversion»

La réunion démarre. Elle se tient dans une petite salle du siège du journal. Autour de la table, quatre journalistes. Chacun propose son sujet et la petite équipe débat des informations encore fragiles et de ce qui plaît le plus aux lecteurs. La rédactrice en chef, Annick Govaers, énonce les articles de la veille qui fonctionnent le mieux sur le site web: «La fréquentation de la patinoire, un incendie récent et le succès du téléphérique de Huy... Mais un sujet a touché particulièrement le public: un appel aux dons après un incendie dans une maison à Remicourt, on peut en reparler», suggère la rédactrice en chef. Ici, l’actualité se discute avant de s’écrire.

La réunion terminée, chacun retourne à son bureau pour travailler sur son ou ses sujets du jour. Pauline Govaert est journaliste mais s’occupe aussi des réseaux sociaux de la rédaction.

Elle observe en direct le nombre d’abonnements et d’interactions: «Le but, c’est la "conversion": faire passer le lecteur occasionnel à l’abonnement», explique-t-elle. On remarque très vite que le site web occupe une place énorme dans l’esprit des journalistes. Mais la version papier est toujours bien présente: elle dicte les formats et donne le tempo.

Direction le terrain

La matinée se poursuit sur le terrain avec Arnaud Cox, un journaliste indépendant. Direction Villers-le-Bouillet, pour l’inauguration officielle du nouveau bâtiment de l’IFAPME. Sont présents: le ministre (MR) Pierre-Yves Jeholet, la directrice, le pouvoir organisateur, les professeurs et les élèves. C’est un projet qui a déjà été abordé en décembre 2023 dans un article du journal. «Aujourd’hui, l’idée, c’est de montrer que le bâtiment est terminé et opérationnel. Ce sera notre nouvel angle!», explique Arnaud Cox.

À peine arrivés sur place, il faut trouver le chargé de communication. «C’est important de savoir comment l’évènement va se dérouler, s’il y a un moment prévu pour les interviews, photos et autres. Cela nous permet d’éviter une situation malaisante, comme démarrer un entretien alors que ce n’était pas le moment», indique le journaliste. Quatre interviews plus tard - dont une en vidéo de la directrice - et plusieurs photos des installations sous le bras, Arnaud Cox plie bagage.

On parle en taille de t-shirt : XS, S, M ou L

De retour à la rédaction, il débriefe avec la cheffe d’édition. «Qu’est-ce qui ressort le plus, selon toi?», l’interpelle Annick Govaers. Il évoque les aménagements extérieurs et les nouveaux espaces de travail. La cheffe d’édition décidera ensuite de la taille de l’article. «Ici on parle en taille de t-shirt XS, S, M, ou L pour désigner le nombre de signes d’un article», explique-t-elle. XS correspond à un article très court (entre 500 et 700 signes), S à un format court (800-1.400), M à un format intermédiaire (1.500-2.400) et L est un article long (2.500- et 3000c). Pour cet article ce sera du « L».

C’est parti pour la fabrication du journal. Le journaliste sélectionne les meilleures photos, les renomme et les recadre. S’ensuit l’écriture de l’article. «C’est une cérémonie très protocolaire, il faut lui donner vie et rendre ça intéressant pour le lecteur», explique Arnaud Cox. Ensuite un graphiste montera les pages du journal papier. La version papier sera différente de celle du web, que ce soit pour le choix des photos ou la taille de l’article. «C’est le graphiste qui va tout mettre en musique.» Le service web publiera à une heure stratégique, selon le type d’information, afin de toucher le plus grand nombre.

Un journal relu par ChatGPT

Mais le papier reste essentiel. «Si on publie trop vite en ligne, d’autres journaux peuvent reprendre l’info», confie Arnaud Cox. Certains contenus sont donc volontairement réservés à l’édition papier, publiée le lendemain. Une fois l’article finalisé, il est enregistré dans un CMS éditorial prévu à cet effet. Le journaliste présent en soirée relit le journal et le soumet à ChatGPT pour que l’IA vérifie qu’il n’y a pas de faute d’orthographe, de typographie ou de mise en page. Une fois que tout est parfait, place à l’impression.

Un journal n’est pas seulement une succession de pages d’information, c’est bien plus que ça: c’est une série de choix, de discussions et de renoncements. Ce sont des hommes et des femmes qui travaillent, souvent dans l’ombre mais avec passion, pour fournir à leurs lecteurs des informations fiables et complètes. Chaque matin.

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