© Raimond Spekking (Creative Commons)
Les exportations liégeoises représentent environ 30 % du total wallon, ce qui en fait la première province exportatrice de la région. Mais ces ventes à l’international sont menacées par la hausse des droits de douanes américains, premier marché hors Union Européenne de la Belgique.
« Nous faisons fortune avec les droits de douane : 2 milliards de dollars par jour », se félicite Donald Trump. Les droits de douane deviennent le principal levier de la politique économique et diplomatique de l’administration du président, qui veut résorber le déficit commercial américain tout en mettant la pression sur tous ses partenaires économiques.
Depuis début avril, les États-Unis appliquaient des droits de douane additionnels de 20 % sur la plupart des produits européens, ainsi que des droits sectoriels de 25 % sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et certaines pièces détachées en provenance de l’Union Européenne (UE). Les droits de douanes américains en vigueur ont entretemps été partiellement suspendus pendant 90 jours pour donner une chance aux négociations. L’UE a également mis en pause ses contre-mesures dans l’attente d’un accord.
Cette instabilité internationale inquiète les entreprises liégeoises : « Si les droits de douanes augmentent, les consommateurs et entreprises américaines vont devoir payer plus pour acquérir des marchandises européennes. On risque une baisse du nombre d’acheteurs », explique Valérian Fabry (ULiège), doctorant en droit matériel européen. « Ce qui signifie aussi moins de bénéfices et d’investissements pour l’innovation européenne. »
Les exportations liégeoises par rapport aux exportations wallonnes globales | © Emma Puma
Diversifier ses marchés
« La situation actuelle doit encourager les entreprises à diversifier davantage leurs marchés », argumente Marielle Germis, directrice régionale de l’Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers (AWEX). « Je pense à l’Asie du Sud-Est, à l’Afrique du Sud ou, plus proche de chez nous, aux pays nordiques et d’Europe de l’Est, encore sous exploités. » Pas question de se détourner du marché américain pour autant : les Etats-Unis restent l’un des leaders mondiaux en innovation et les opportunités y abondent.
« Depuis deux ans, notre stratégie consiste à investir davantage sur le marché américain, qui reste notre marché privilégié », renseigne Sébastien Verlaine, responsable communication d’EVS Broadcast Equipment, une entreprise liégeoise. Spécialisée dans les techniques audiovisuelles pour la retransmission en direct, cette firme exporte la majorité de ses produits aux USA. « Nous pensons éventuellement à assembler nos serveurs directement aux Etats-Unis, et non plus en Belgique, pour éviter de répercuter la hausse des prix des composants sur nos clients », ajoute Sébastien Verlaine.
L’option nucléaire
Les entreprises liégeoises demeurent dépendantes de la Commission européenne, seule autorité compétente pour négocier, au nom de l’ensemble des États membres, les accords commerciaux avec les pays tiers.
L’UE pourrait déposer une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) si elle estime que les droits de douane américains violent les règles internationales. « Il y a 10 ans, c’est que la Commission aurait fait. Mais plus personne ne respecte les règles de l’OMC… sauf l’Union Européenne », regrette Yves Melin, avocat spécialisé dans le commerce international.
L’UE pourrait aussi utiliser son instrument de lutte contre la coercition économique, adopté en 2023. « C’est un peu l’option nucléaire », vulgarise Yves Melin. « Si la situation dérape comme avec la Chine [les droits de douane additionnels imposés par les États-Unis sur les produits chinois atteignent désormais 145%], l’UE pourrait entrer dans une vraie guerre commerciale avec les Etats-Unis. »
L’Union européenne pourrait alors employer cette nouvelle arme juridique pour taxer les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) notamment. Yves Melin analyse ce bras de fer : « Le pouvoir de nuisance de l’Europe est limité concernant les marchandises – l’UE importe plus de produits américains qu’elle n’en exporte – mais bien plus important concernant les services, sur lesquels elle pourrait faire pression ».
Over the top
Parmi les entreprises liégeoises à qui l’export réussit le mieux, on retrouve John Cockerill, Safran Aero Booster ou encore Trasis, une société active dans la médecine nucléaire.
« La taille du marché domestique de la Wallonie est tout à fait insuffisante pour absorber toute la production. Pour les entreprises, exporter relève souvent plus de la nécessité que du choix », rappelle Marielle Germis (AWEX).
Au-delà des relations parfois imprévisibles avec ses partenaires économiques étrangers, vendre hors de ses frontières comporte son lot de défis : un tissu financier largement composé à Liège de petites et moyennes entreprises (qui ont souvent plus de mal à s’exporter que les grands groupes), des réglementations complexes, des coûts supplémentaires ou encore la barrière de la langue. Un numéro d’équilibriste, dont la hauteur n’avait jamais parue aussi vertigineuse.
Les trois secteurs wallons qui exportent le plus à l’étranger. | © Emma Puma