Quelque 8.900 places de parking payant hors voirie sont disponibles en Cité ardente. | © Pexels
Liège compte environ 13.700 places de parking, dont 65% se trouvent dans des parkings privés hors voirie. Malgré l'arrivée imminente du tram en Cité ardente, ces places constituent un vrai enjeu pour attirer de potentiels clients dans les commerces. Mais leur prix – et les amendes générées par les scan-cars – peut en décourager plus d’un...
À Liège, se parquer est souvent une galère. Les magasins les plus influents l’ont bien compris. Intermarché Mestdagh, Mediamarkt, les Galeries Inno et d’autres offrent des réductions sur le ticket pour leurs clients : les "vouchers" parking. La pratique ne convainc pas tous les commerces du centre. “C’est encore un effort à fournir pour les commerçants”, déplore le patron du Press Shop Régence, qui n’en voit pas l’intérêt financier. Sous l’aspect de “bons de réduction” pour le parking, la formule semble intéressante sur le papier. A condition de dépenser beaucoup, d’un coup. Tant pour les commerçants que pour les clients automobilistes.
Le minimum à dépenser pour un commerçant est de 50 euros pour 50 tickets d'une heure de parking, selon un rapport de 2018, “Solutions Parkings Liège”, de l’association du commerce liégeois. Des chiffres qui n'auraient pas beaucoup évolué depuis. Mais encore faut-il rentabiliser ce coût à travers les ventes. La plupart des commerces proposant cet avantage instaurent un montant minimum d’achat aux cllients afin de garder une marge suffisante sur les ventes. Par exemple, pour profiter d’une heure gratuite de stationnement, il vous faudra dépenser un minimum de 50 euros dans la boutique Lolifant, rue de la Régence.
© Commerces liégeois
Erwin Kuypers, de la bijouterie familiale éponyme, ne remarque, lui, pas une grande différence depuis qu’il offre une heure gratuite au parking Saint-Denis: “Les clients qui le savent le demandent, ou alors nous le proposons lors de rendez-vous, ou pour des alliances mais c’est tout.” Jean-Luc Vasseur, président de l’association du commerce liégeois, déplore le manque d’enthousiasme des commerçants envers cette initiative
Les parkings à abonnements, nouvelle tendance
Plus attractifs sur le long terme, les stationnements sur abonnement ont le vent en poupe. D’un côté, ils permettent à des employés liégeois de sécuriser une place pour leur voiture à un prix plus intéressant. De l’autre, les gestionnaires de parkings s’assurent une stabilité financière via des revenus fixes.
Avec 14 parkings à Liège et plus d’une centaine à Bruxelles, BePark domine depuis quelques années le paysage des parkings à abonnements en Belgique. Ces derniers représentent la moitié des parkings du centre-ville. Derrière cette nouvelle offre, une clientèle principalement composée de travailleurs urbains. Mais pas que. La société explique également qu’”à Liège comme ailleurs, leurs parkings accueillent de nombreux résidents qui, face au manque de places disponibles sur voirie, trouvent dans BePark, une solution concrète à leurs besoins.”
Mais comment expliquer ces tarifs si attractifs? Si la moyenne du ticket, à l’heure, est de 2,50 euros, la moyenne de l'abonnement mensuel est de 80 euros. Soit le prix de 32 heures, ce qui permet de constater la rentabilité immédiate de l'abonnement. "Contrairement aux parkings rotatifs, nos prix sont calculés sur la base d'un usage régulier et continu. En optimisant l'utilisation d'espaces déjà existants et en digitalisant l'ensemble du processus (gestion, accès, support), nous sommes en mesure de proposer des tarifs très compétitifs. Cette approche permet également à nos partenaires, propriétaires des espaces, de rentabiliser des zones auparavant inutilisées, sans travaux lourds et investissements conséquents."
La voirie, champ de bataille des automobilistes
Pour économiser quelques euros, une autre piste se présente à l’automobiliste. Il peut abandonner le confort et la sécurité des 8.900 places de parkings hors voirie pour s’engager dans une guerre: celle du stationnement en rue. Outre les 3.200 places réservées aux riverains, Liège compte 4.800 places de stationnement payantes disponibles sur voirie, pour lesquelles les voitures jouent des coudes. À 1,50 euros l’heure de stationnement, il faut être au bon endroit au bon moment. Mais surtout, ne pas oublier de valider son ticket.
Aujourd’hui, avec la technologie des scan-cars, les usagers doivent adopter de nouveaux réflexes. Si les 15 premières minutes de stationnement sont gratuites, un simple oubli ou une inattention lors du passage éclair d’une scan-car peut coûter cher. “Surtout quand on oublie de payer pendant 10 minutes et qu’on se ramasse une amende de 40 euros, c’est embêtant”, se plaint un passant visiblement lassé de la rigidité du système.
Les amendes pour stationnement ont triplé depuis 2017, notamment suite à l'introduction des scan-cars. | © Célia Hellas
En 2023, la Ville de Liège enregistrait 214.545 verbalisations liées au stationnement sur voirie, qu’il s’agisse de places payantes ou de zones réservées aux riverains. En se basant sur les montants des amendes en vigueur, cela représenterait une rentrée financière située entre 8,6 millions d’euros (si toutes les infractions sont facturées au tarif minimum de 40 euros) et 17,2 millions d’euros (si elles correspondent à l’amende de 80 euros appliquée en cas de stationnement abusif en zone riveraine).
Quand l'herbe est plus verte ailleurs
Le stationnement joue un rôle clé dans la santé du commerce en centre-ville. Ce n’est pas la seule raison pour laquelle certains clients boudent Liège, mais cela y contribue fortement. Selon une récente étude du Service d'étude en géographie économique fondamentale et appliquée (Segefa) de l’ULiège pour le futur Schéma de développement commercial, “il est certain qu’une partie de la clientèle potentielle ne se rend pas dans le centre-ville car elle juge les déplacements trop compliqués et/ou que le stationnement n’est pas aisé.” Et payant! C'est la troisième cause de non-achat en centre-ville après les travaux du tram (26%) et l'insécurité (22%), selon l'étude du Segefa.
© ULiège - SEGEFA
Face à cette complexité, les alternatives en périphérie séduisent davantage, souligne la même étude: “Les personnes qui fréquentent les autres lieux d’achats que le centre-ville le font pour les raisons suivantes : la proximité avec leur domicile, la gratuité du parking, la correspondance de l’offre avec leurs besoins.” Si les enjeux liés au stationnement ne sont qu’une pièce du puzzle, ils restent décisifs dans l’équilibre fragile entre accessibilité urbaine et dynamisme commercial.