Devant la caserne Saint-Laurent, sur les hauteurs de la Cité Ardente, un jeune SDF patiente seul dans le froid. Il attend de pouvoir entrer à l'abri de nuit de la Province de Liège.
Il fait noir. Zéro degré. Le trottoir est glacé. Dans la longue rue où errent les moins fortunés, le vent mordant transperce la peau, laissant le corps sans défense. Tout ici parait hostile.
À 19h30, ce vendredi comme tous les autres, Alex (prénom fictif), assis sur le trottoir humide, attend patiemment l’heure d’ouverture des portes de l’abri de nuit de la Province de Liège pour les sans domicile fixe (SDF).
Âgé de 32 ans, le visage jeune et souriant, Alex affiche un regard hésitant et poli. On dirait qu’il est habitué au froid, mais il confie: «C’est seulement le deuxième jour que je dors ici. Avant, j’ai passé six nuits dans un bâtiment en construction car un “ami” s’est approprié la maison où je squattais.»
Tabac et pita
À côté de lui, un petit sac. À l’intérieur: un pull, un pantalon, une serviette de bain, quelques brins de tabac mêlés à un reste de pita. Alex est encore seul. Les autres vont arriver. Il se lève et soupire. Un nuage de buée s’échappe de sa bouche. D’un pas tranquille, il se dirige vers la cafétéria, 100 mètres plus loin.
Lorsqu’il arrive, il salue le gardien mais hésite à entrer. À travers la porte-fenêtre, on aperçoit des tables rondes où des gens mangent avec appétit les repas offerts par la Province.
Tout à coup, l’idée de fuir pour échapper au froid m’apparaît ridicule, égoïste, presque futile. Dans de telles conditions, j’éprouve une étrange envie de renoncer à tout, par solidarité, pour leur montrer qu’il y a quelqu’un qui s'intéresse à eux, les oubliés.
Au même moment, une vieille dame sort et s’approche: «Bonjour mademoiselle, ça fait plaisir de voir une femme. À l’abri de nuit, nous ne sommes que cinq.» Ses yeux sont tristes. Dans sa main droite, une canne la soutient. Dans la gauche, elle tient une cigarette électronique. C’est la seule trace qu’il lui reste de son ancienne vie.
Elle marche lentement et raconte son histoire: hospitalisée pour dépression, gavée de médicaments, elle a perdu peu à peu ses capacités, y compris celle de travailler. Aujourd’hui, elle touche une aide financière, mais cela ne suffit pas pour payer un loyer et se nourrir. Alex l'aide à fermer son blouson pour lutter contre le froid.
Passionné d’astronomie
Les maisons alignées devant la caserne semblent fermer les yeux, comme si leurs habitants refusaient de voir la misère et d’offrir ne serait-ce qu’un bol de soupe chaude. Les voitures défilent les unes après les autres. Personne ne semble ressentir de peine ou de compassion.
Pourtant, malgré cette indifférence, Alex rigole et fume en compagnie: une queue de SDF commence à se former devant la caserne. Il est passionné d'astronomie et est en train d’écrire un roman. Ce contraste entre la rudesse de sa situation et la persistence de ses passions témoigne d’une chose: en lui subsiste une part d’espoir et de créativité.
Heureux d’avoir été, ne serait-ce qu’un instant, au centre de l’attention de quelqu’un, le jeune homme rêve d’une communauté où il se sentirait pleinement intégré. Le CPAS de Liège continue d’accompagner les SDF en leur fournissant un suivi social, une aide financière et des perspectives d’intégration. Mais l’humanité, elle, repose entre les mains des citoyens.
Il est 20h00. Les portes de l'abri de nuit vont bientôt s’ouvrir. Je ne ressens plus le froid.