Retour en arrière pour les étudiant·es. Le nombre d’heures de travail soumises à des cotisations sociales réduites retombent à 475 heures au lieu des 600 d’application cette année.
Les jeunes sont nombreux à cumuler petits boulots et études, notamment dans les bars | © L'embuscade
«Heureusement que je bénéficie de l'aide de mes parents, sinon je ne sais pas comment je paierais mon kot». Ella Maton, inscrite en Master en Arts du spectacle à l'Université de Liège, se sent frustrée. Quand chaque heure du job étudiant compte, en perdre 125 relève de la chute libre. «Comme je travaille tous les samedis et pendant les vacances scolaires, j'ai déjà atteint la nouvelle limite. Je vais devoir compter, m'arrêter au bon moment... Quel stress!»
Pourquoi ce serrage de vis? En affaires courantes, le gouvernement ne reconduit pas la décision prise en 2023, qui autorisait les étudiant·es à travailler jusqu'à 600 heures fiscalement favorables jusque fin 2024. En janvier, retour en arrière : au-delà de 475 heures, les étudiant•es seront davantage taxés, au même régime que des salariés classiques. Et sur l'ensemble de leurs revenus, y compris ceux engrangés avant de dépasser le seuil critique.
125 heures chrono
Ce retour en arrière aura un impact significatif pour les étudiants, notamment pour ceux qui doivent s'acquiter d'un loyer. Hanaë Pirotte, en cursus de communication multilingue, en fait partie. « Avec 600 heures, c’était déjà compliqué. Avec cette restriction, on revient au régime précédent, celui sous lequel je vivais chez mes parents ». Aujourd'hui en ménage, son job lui permet d'assumer les factures. « Pour s'en sortir, il va falloir restreindre les plaisirs, veiller au budget. Je ne pense pas que je pourrai encore me permettre de prendre un café de temps en temps. J'atteins déjà les 600 heures sans forcer, donc les 475 de l'année prochaine m'inquiètent. Et outrepasser le seuil en étant surtaxée me paraît peu avantageux ».
Student at stress
Florence Elleboudt, coordinatrice du service social de l'ULiège, constate une précarité croissante du milieu estudiantin. « Ceux obligés de trimer pour assurer leurs besoins primaires se révèlent de plus en plus nombreux. Auparavant, les revenus des jobs étudiants étaient alloués aux loisirs. Maintenant, il s'agit d'une question de survie ». Elle souligne également que, chez les travailleurs, les études ont tendance à s’éterniser et la moyenne de notes à baisser.
Du côté des employeurs, cette nouvelle contrainte implique juste d'embaucher plus de nouvelles têtes pendant moins longtemps. Aminata Beye, gérante du Get Your Mug à Liège, s'explique : « Je suis la seule salariée pour le moment. Engager des étudiants s'avère super avantageux fiscalement. Un salarié coûte très cher, là où je peux me permettre de multiplier les emplois “student”. Avoir toujours des effectifs disponibles nécessite une large équipe. Pour pallier cette diminution des heures, j'augmenterai simplement mon nombre d’étudiants. Et si jamais cela ne suffit pas, un deuxième salarié sera peut-être engagé à mi-temps. » En 2025, plus que jamais, le temps sera de l'argent.