À la cafétaria, les cantinières nourissent bien plus que les ventres


Dans À l'unif
Laura Maestre et Yoline Olivier

 L' Université compte de nombreux métiers. Parmi ceux de l'ombre, les travailleuses de la cafétaria, qui illuminent les temps de midi. Pourtant, les étudiants retiennent plus volontiers la liste des sandwichs que leur prénom.

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Mariella et Sabrina ouvrent le volet de la cafétaria à 8h. | © Yoline Olivier

«Est-ce qu’il y a des paninis ou des poulets croquants dans la file?» En plein rush du midi, à la cafétaria du Vingt-Août, la question de Véronique, préparatrice de commandes, sonne comme une ritournelle. Avec les autres cantinières, elle jongle entre l'élaboration des menus, la confection des sandwichs et la cuisson des pâtes. L'accueil des étudiants se veut radieux, malgré le stress causé par leur cadence endiablée.

Siffler en travaillant

Mireille a travaillé à la cafétaria du B8 de 2010 à 2017. Elle était apprécié pour son accueil, mais aussi pour sa capacité à enjoliver l'ambiance. Elle avoue : « J’aimais chanter une petite chanson. Les étudiants savaient que j’étais là. Ils se réjouissaient du petit moment de divertissement sur leur temps de pause. »

« On est au contact des jeunes toute la journée. C’est souvent les mêmes qui reviennent. Parfois, on pose des questions : “ça va ? ça va pas ? Pourquoi ?” Un lien infime se crée, alors qu’on ne les connaît pas », sourit Véronique. Un sentiment partagé par leurs clients : « Dès qu’on arrive, on échange sur notre humeur du moment. Elles sont toutes très sympas et accueillantes ! » Malgré une proximité marquée et beaucoup de passage, peu d’étudiants connaissent leur prénom.

Mireille raconte qu’après les heures d’ouverture, certains passaient pour discuter et se confier sur leurs études, les difficultés, les tracas liées à leur vie quotidienne. Elle les écoutait comme une amie, ce qu’ils appréciaient. En ce dernier jour de cours et à l’approche des fêtes, Sabrina, employée de restauration, porte un bonnet de Noël. À la la cafétéria du Vingt-août, les trois drôles de dames œuvrent dans une atmosphère rayonnante.

Des kilos sur le dos

Si les tâches semblent simples, le métier se révèle épuisant. Véronique qualifie son quotidien de varié, mais déplore une activité physique éprouvante : « Du haut de mes cinquante ans, j'ai plus de mal à assurer qu'à mes débuts ». « On doit porter énormément, transporter beaucoup de stocks », renchérit Mireille. « C'est principalement mon dos qui trinque. On se tient debout, en faisant du sur place ou quelques pas ». Aujourd'hui à la retraite, son corps porte les stigmates de ces efforts récurrents.

Les cantinières trouvent l'énergie pour entreprendre leur métier fatiguant dans le contact avec les étudiants, qu'elles dérident à coups de boutades. Nécessaires à l'écosystème des bâtiments universitaires, elles réchauffent aussi souvent les assiettes... que les cœurs. 

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