Travailleuses du sexe: la nique aux préjugés


Dans En ville On débat
Sacha Casters

À 26 ans, K. exerce le métier de travailleuse du sexe. Elle témoigne de son expérience et dénonce la stigmatisation de sa profession.

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© Marianne Fenon

Quelle est votre position sur la nature de votre métier? Comment vous y référez-vous?

Travailleuse du sexe, prostituée ou pute, je m'en fous, c'est un métier que j'aime et que j'investis. Je ne ressens aucune honte pour ma profession, c'est même devenu une fierté. Toutefois, il reste difficile de l’affirmer publiquement. Avouer de se donner à un inconnu qu'on ne désire pas, pour de l'argent, alimente toujours le sempiternel cheval de bataille de nos détracteurs. Personnellement, je n'aborde pas la questions sous cet angle. Voir ses clients repartir avec un sentiment de détente et de bien-être donne l'impression de contribuer positivement à la société.

Tout n’est pas rose dans ce métier, comment vivez-vous les possibles dérives et situations d’abus?

Mon intégrité est indemne et je ne subis pas de violence systématique. Toutes ne peuvent en dire autant. L’adage «le plus vieux métier du monde», met en lumière notre existence à travers les âges, peu importe l’opinion publique. Nous avons vécu dans toutes les sociétés, à toutes les époques. La prostitution a toujours trouvé sa place, quel que soit son encadrement. Ainsi, la distinction entre travailleuse du sexe et exploitée sexuelle est capitale. Confondre les deux notions peut conduire à banaliser ou à normaliser les situations d'abus des femmes exploitées. On pourrait, en prétextant vouloir combattre l’exploitation de ces personnes, abroger la pratique, mais interdire la prostitution ne la fait pas disparaître. Plus les prestations sexuelles bénéficient de cadres légaux, moins les personnes dans les réseaux d’exploitation profitent de ces mesures. La complexité de l’encadrement de la pratique réside dans ce paradoxe.

Souhaitez-vous l’apport d’un modèle légal à la suédoise, pénalisant le client avec pour objectif l’abolition du proxénétisme?

Je vis bien la situation légale belge actuelle, encore mieux depuis le projet de loi de mai 2024 – les travailleuses du sexe pourront bénéficier du statut de travailleur comme n’importe quelle autre profession. Néanmoins, le poids qui accable les travailleuses précarisées demeure un souci majeur de la profession, qu’un système à la suédoise pourrait alléger.. s’il n’était pas une énième mesure sans effets concrets. Nous ne demandons pas à être glorifiées, seulement toutes reconnues comme des professionnelles à part entière, avec les mêmes droits, protections et respect que tous les travailleurs. Si la société est prête à remettre en question ses préjugés alors, peut-être, nous pourrons enfin exister au grand jour sans honte.

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