Le député socialiste a participé à la commission spéciale sur le passé colonial belge. Il livre son point de vue sur la colonisation... et les réparations à mettre en œuvre selon lui.
© DenisDDN
Pari raté pour le Parti Socialiste (PS): cette commission n’est pas parvenue à publier ses rapports, faute d’approbation. On imagine une forte déception?
Une profonde tristesse m’a envahi, parce qu’il s’agissait d’un travail intense. Tout s’est joué lors de la dernière séance, lorsque les libéraux et le CD&V se sont retirés pour ne pas voter. Aucune réparation n’a pu être proposée par l’État belge pour l’instant. Jusqu’en 2029 car nous sommes condamnés à l’opposition.
Vouliez-vous condamner les actes de la Belgique ?
Bien sûr ! Rien n’est positif dans le colonialisme. Le PS ne l’affirme pas, il ne fait que confirmer ce que relatent de nombreux historiens dans leurs écrits. Et d’ailleurs, le dernier travail historique de la commission le confirme. Les pro-colonialistes, qui prétendent que les Congolais regrettent ce que la colonisation leur a apporté (hôpitaux, routes, écoles, trains, etc.), sont dans l’erreur. Il existait une discrimination entre les blancs et les noirs et ces apports ont été entrepris dans des buts économiques et sans égard pour les populations autochtones.
Quelles réparations envisagiez-vous ?
Pour commencer, il faut un geste fort du gouvernement : des excuses, comme l’ont fait d’autres pays. Le Roi des Pays-Bas et d’Angleterre ont présenté leurs excuses au nom de leur État, par exemple. La Belgique est l’une des seules nations à ne pas les avoir formulées officiellement.
Ensuite, on prévoyait de se mettre à table avec les gouvernements concernés pour discuter des réparations potentielles. Créer des programmes bilatéraux, accentuer la coopération au développement. Mais aussi, veiller à la restitution des archives nationales, notamment congolaises, qui sont encore détenues en Belgique. Nous avions travaillé sur différents volets de réparation : académique, scientifique, politique et éducationnel.
Un mouvement anticolonisation a remis en question l’enseignement de cette partie de l’Histoire et exigé le déboulonnage des statues de Léopold II. Mais « celui qui ne connaît pas l’Histoire est condamné à la revivre », disait Churchill. Pensez-vous donc qu’il soit intelligent de vouloir agir ainsi ?
Je ne suis pas favorable à l’idée d’occulter le passé, au contraire. Il faut l’expliquer, sans rendre hommage. Le but de cette commission consistait à faire resurgir le passé, à l’expliciter et à donner des clés de décodage objectives aux générations suivantes pour ne plus commettre les mêmes erreurs. C’est pourquoi il nous incombe d’enseigner l’Histoire avec le souci de la vérité. Et contextualiser les statues par rapport à la propagande coloniale. Je garde espoir vis-à-vis de ces changements. Si on n’a plus d’espoir, pourquoi continuer en politique ?