Le dernier monastère du centre-ville de la Cité ardente


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Edmond Brice Mbenda Bikok

Des sœurs du monastère des Bénédictines, pendant l'office de midi. | ©️ E.B. Mbenda Bikok

Ville imprégnée d’histoire, Liège abrite encore en son centre-ville un monastère ancien: l’abbaye de la Paix Notre-Dame. Le Studiobus a visité ce lieu unique, témoin des siècles, et parmi les derniers gardiens des traditions monastiques.

Au cœur de Liège, dans le centre où l’histoire chuchote à chaque coin de rue, se trouve un sanctuaire de plénitude et de spiritualité: l’abbaye de la Paix Notre-Dame de Liège. Fondé en 1627, c’est le dernier monastère du centre-ville de la Cité ardente. Le vestige vivant d’une époque révolue où les couvents étaient légion. Au 18e siècle, à la veille de la Révolution française, une cinquantaine de couvents parsemaient la Cité ardente. Aujourd’hui, ils se sont tus. Mais leurs murs résonnent d’histoires.

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La façade de l'édifice, qui date de 1627. | © E.B. Mbenda Bikok

Les sœurs de l'abbaye des Bénédictines, gardiennes de la tradition et du recueillement, nous ouvrent leurs portes du boulevard d’Avroy. «Il existe encore d’autres communautés, mais ce qu’on appelle les monastères, comme Saint-Jacques et Saint-Laurent, n’ont jamais retrouvé leur place après la Révolution française», raconte Sœur Marie-Jacques, responsable de la boulangerie et de la bibliothèque.

Six nonagénaires

En ces lieux, le temps semble s’écouler différemment. «Nous avons ici six personnes qui ont plus de 90 ans. Le couvent ça conserve. On y vieillit car on a une vie avec sans doute moins d’excès, plus stable», poursuit la sœur.

Le Couloir du Silence, où seules les prières brisent le calme, porte les marques du passé. Au cœur du monastère, l’église en bois clair accueille les sœurs pour leurs moments de prière. Sœur Titziana, la plus jeune du monastère, nous ouvre les portes de l’église: «Deux fois par jour, nous laissons la porte ouverte. Des passants, parfois des sans-abris, cherchant un refuge chaleureux, entrent. Notre public est varié

Au réfectoire, une grande table rassemble les moniales pour des repas partagés en silence. La lumière des vitraux danse sur les murs, témoins de ces instants intemporels. À l’extérieur, un arbre ancien veille sur le jardin. Il a vu les saisons défiler, tout comme les sœurs, ancrées dans leur foi.

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Cet arbre ancien, qui veille sur le jardin, a vu les sœurs défiler au cours des siècles. | © E.B. Mbenda Bikok

Presque plus de chrétiens

L’office de midi attire quelques fidèles. Leurs visages portent les marques d’une vie de croyance. Les jeunes se font rares. L’accueil reste chaleureux. Ce monastère se voudrait être un lien entre le passé et l’avenir. Sœur Gaétane, responsable du dialogue inter-religieux, nous confie avec émotion: «Les gens abandonnent notre Dieu, le Christ. Il n’y a presque plus de chrétiens. Notre monastère pourrait disparaître. Nous sommes les derniers à Liège.»

Les derniers au centre-ville en tout cas. Car des sœurs Clarisses occupent le monastère de Cornillon depuis 2017, et avant elles des Carmélites y résidaient depuis 1860. Situé au pied de la nationale 3 qui mène au cimetière de Robermont, Cornillon est un sous-quartier de Liège logé dans le quartier administratif d'Amercœur.

A deux kilomètres de là, sur le boulevard d'Avroy, l'un des plus fréquentés de Liège, l'abbaye de la Paix Notre-Dame survit dans le tumulte du monde. Son esprit demeure, comme une prière silencieuse. Mais pour combien de temps encore?

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