Photo : Chloé Olivier
Certaines personnes nous accompagnent dans toutes les circonstances de la vie, et au-delà. Ringo Leclerc compte parmi elles. Chaque jour, presque seul dans son laboratoire, il panse, poudre, peigne. Tous ces gestes font partie d’un rituel, d’un soin qu’il prodigue aux défunt·es. Cette pratique porte un nom : la thanatopraxie.
Il est peu avant 15 heures, par un mercredi pluvieux, lorsque Ringo Leclerc, thanatopracteur de profession depuis plus de vingt ans, s’apprête à débuter son premier soin de conservation de la journée – qui avait jusque-là été plutôt calme. Dans une petite pièce lumineuse l’attend un homme âgé, parti la veille pour son dernier voyage. L’atmosphère du lieu se veut particulière : suspendue hors du temps, mais infiniment sereine. Seule la pluie battant doucement sur un petit vasistas rappelle l’existence d’un monde au dehors.
Un à un, méticuleusement, le professionnel sort de deux petits sacs les instruments dont il a besoin pour réaliser son soin. Ils servent à injecter une « solution conservatrice » à base, entre autres, de formol et d’éosine, mais également à ponctionner les liquides physiologiques. Ce matériel, pourtant, disparait dès que Ringo Leclerc le saisit. Ce sont les mains du thanatopracteur, ses gestes doux mais experts, qui transforment petit à petit le défunt. Ils rendent à sa peau une allure légèrement souple et rosée, des traits « sereins, reposés ».

Méconnue du grand public, la thanatopraxie est au service des mort·es, mais surtout des vivant·es.
Bien que ce rite vise en premier lieu à « conserver le défunt ou la défunte de manière optimale », il permet également de « présenter dignement la personne à ses proches », afin de laisser à ces dernier·ères un ultime souvenir positif de leur être cher. Dans cette optique, celui qui est devenu thanatopracteur par vocation peaufine chaque détail, de l’habillage à la coiffure, sans jamais dénaturer.